Guest-Star:

Alexis Bledel as.. Liz

Lara Cox as.. Gretchen

Alexa Gerasimovich as.. Gracie

Joshua Jackson as.. Jared Brooks

 

 

1.05 - Le passé ne peut être oublié

 

Personnages présent dans cet épisode:

       

 

 

La route était d'un calme olympien, désertée et plongée dans les ténèbres lorsque Kaylee reconnut le chemin qu'elle avait longtemps emprunté ces sept dernières années, malgré l'épais brouillard qui s'étendait sur la minuscule bourgade au coeur d'Atlanta.

Du brouillard? A cet époque de l'année? avait-elle alors songée.

Après tous les phénomènes relevant du paranormal qu'elle avait vu se concrétiser sous ses yeux, Kaylee n'en fut qu'à peine surprise. Ce petit coin de banlieue au coeur de la ville, d'apparence si tranquille avec ses nombreux pâtés de maisons peuplées de gens tout à fait charmant, ressemblait à s'y méprendre à l'idée qu'on pouvait se faire du paradis..

Quelle grande erreur que de le penser! Si après avoir passé un an dans ce lieu Kaylee trouvait encore un habitant prétendant vivre au coeur du jardin d'Eden, alors il s'agissait à coup sûr d'un être soit, complètement sénile et rongé par la maladie d'Alzheimer soit, ce qui était nettement plus probable, d'une créature des ténèbres.

Enfin, créature des ténèbres n'était qu'une simple façon de parler, car n'allez par croire qu'elles ne sortaient que la nuit venue.. non bien au contraire. Oubliez tout ce que vous savez des vampires, loup-garou ou autres créatures de contes d'horreur, les créatures que Kaylee rencontrait se fondait sans peine dans la masse. Comme toutes personnes ordinaires, ils se levaient chaque matin, prenaient leur petit déjeuner en compagnie de leur famille respective, accompagnaient leur plus jeunes enfants à l'école pour ensuite se rendre à leur travail.. parce qu'ils avaient bien sûr une couverture en or que personne n'aurait osé soulever. Ces créatures étaient bien souvent de haut fonctionnaires, ou de grands médecins et avocats de renom. Jamais personne n'aurait pu penser, ne serait-ce qu'un seul instant que ces gens respectables en tout point devenait de terrible buveur de sang et croqueur de chair humaine une fois le soleil couché et les enfants profondément endormis dans leur lit. Les enfants du voisinage, bien sûr, les leurs étaient aussi vif d'esprit et de corps que leurs aînés, si ce n'est plus..

Mais, ces créatures ne restaient jamais très longtemps au même endroit, surtout celles avec des enfants car il eut été étrange qu'ils ne grandissent jamais.

C'est dans cet endroit que Kaylee avait vécu les pires années de sa vie. Tout son univers s'était écroulé à seulement douze ans, peu après la mort de sa tendre mère.

Kaylee dépassa une charmante maisonnée aux lumières intérieures éclairées, les yeux clos, au bord des larmes. Lorsqu'elle les rouvrit elle réalisa qu'elle ne pourrait pas toujours fuir son passé, tôt ou tard elle allait devoir s'y confronter, qu'elle le veuille ou non.

Mais que faisait-elle ici? N'était-elle pas venu justement pour lui faire face?

Une sonnerie retentit à travers son sac posé sur la banquette à ses côtés. Elle devinât de qui il s'agissait et sa première intention fut de ne pas répondre seulement après deux autres appels consécutif et toujours aussi insistant elle ne put plus ignorer l'appel et se résolut à décrocher.

- Oui? répondit-elle d'une petite voix.

- Kaylee? Oh mon Dieu c'est bien toi? s'écria alors son père à l'autre bout du fil. J'ai cru ne plus jamais t'entendre.. Racontes-moi, comment tu vas? Que s'est-il passé là-bas? Que..

- Je vais bien, l'interrompit-elle brutalement, seulement là tu tombes très mal tu vois.

- Qu'y a t-il? Tu as encore des ennuis?

- Je voudrai.. papa.. tenta t-elle refoulant ses larmes.

- Oui? Je t'écoute! insista t-il vivement.

- Que tu me rappelles plus tard, finit-elle par lui demander.

- Je ne te laisserai pas avant que tu m'aies dit ce qu'il se passait et où tu te trouvais! Kaylee?

- Alors c'est moi qui te laisse, décréta t-elle en raccrochant sans plus attendre.

Afin de ne pas être à nouveau dérangé, elle prit soin d'éteindre son cellulaire.

De loin, elle reconnut le terrain vague et lugubre qui, dans ce petit patelin, faisait office de dernière demeure.

Bien que le moment ne s'y prêta pas, son esprit bifurqua sur un tout autre chemin.

 

Flash back

- Salut Lyanna Ross Kingsley, j'espère que je n'écorche pas ton nom! Moi c'est Kaylee Perkins!

Kaylee se revit voulant lui serrer la main tandis que la jeune fille face à elle avançait pour lui faire amicalement la bise.

 

Puis, elle se revit en l'an 2018 face à cette horrible femme à l'accueil de l'agence de pub..

- Elle ne se souviendra pas de vous!

- Qu'est-ce que vous en savez? C'est vrai que ça fait sans doute un petit moment qu'on ne s'est pas vu..

- Je parle sérieusement.

Kaylee fronça les sourcils, soudain inquiète et se rapprocha du bureau.

- Lyanna a été victime d'un grave accident il y a un ans, dit la secrétaire à voix basse. Elle a eu un traumatisme crânien qui lui a fait perdre partiellement la mémoire.

 

De nouveaux flashs assaillirent son esprit..: Elle distingua alors aussi nettement que la première fois ce bloc de pierre portant une inscription au premier abord illisible, puis les gerbes de fleurs blanches et dorée. L'image se figea à nouveau sur la pierre. Ce fut à cet instant qu'elle pu décrypter les mots gravés sur la pierre: Lyanna Ross-Kingsley. C'était une pierre tombale.

 

Kaylee se secoua vivement la tête en grimaçant. Pourquoi pensait-elle à cette fille alors qu'elle s'apprêtait à rendre visite à ses meilleurs amis?

"Parce qu'elle aussi tu l'as abandonné, s'insinua alors une petite voix dans sa tête qu'elle aurait bien aimé faire mourir.

 

## Générique ##

 

Depuis qu'il avait dû reprendre du service, Jayden comptait les heures qu'il lui restait à tenir tout en affichant un large sourire de circonstance, histoire de ne pas faire fuir les clients. Peu importe s'il terminait à près de trois heures du matin, ce soir là, il fallait qu'il retrouve Kaylee.

Sans se retourner, le visage penché sur l'une des nombreuses machines à cocktail il sentit la présence d'un nouvel arrivant. Homme ou femme, il n'aurait su le dire, cependant il ressentait clairement la chaleur émanant d'un nouveau corps. Ce pouvoir lui était apparu peu après son séjour forcé au sein de cette base militaire dissimulée en hôpital.

- Je vous sers? s'enquit-il, toujours affairé à réparer la machine défectueuse.

- Tout ce que tu voudras pretty boy, tu connais mes goûts!

Non, ce ne pouvait pas être.. Elle?

Jayden pivota sur lui même, osant à peine ouvrir les yeux de peur d'être confronté à une trop grande déception lorsqu'il les rouvrirait et s'apercevrai que son imagination lui avait joué des tours. Pourtant, il ne pouvait y avoir de doute. Cette voix douce et à la fois assurée, il l'aurait reconnu parmis une chorale entière.

- Liz?!!

Il ouvrit alors parfaitement les yeux et vit le sourire radieux illuminer le visage de la belle jeune fille.

Celle-ci finit par éclater d'un rire franc.

- Parce que tu attendais la visite de quelqu'un d'autre?

- Je n'attendais pas de visite, précisa t-il, avant d'abandonner un instant son poste pour contourner le bar à boisson et la rejoindre.

- C'est si bon de te revoir, avoua t-il sincèrement, la prenant entre ses bras avec tendresse.

Elle ne dit rien et savoura un instant l'étreinte, les larmes aux yeux.

- Depuis quand es-tu rentrée? Qu'est-ce que tu fais ici?

N'obtenant aucune réponse, il se retira légèrement pour la regarder droit dans les yeux.

Ses yeux le fuyèrent un court instant puis se reportèrent sur lui, tandis qu'un sourire apparu sur les lèvres de la jeune fille.

- J'ai eu droit à un p'tit break. Je viens de rentrer à l'instant, tu es la première personne que je voulais voir.

- J'en suis touché, rit-il en portant une main à son coeur.

- Je vois que tu es toujours aussi modeste, se moqua t-elle en se détachant de ses bras.

Elle parcouru la salle des yeux, à la recherche d'un coin tranquille.

- Suis-moi! lança le jeune homme en lui prenant la main pour l'emmener.

- Mais où tu m'emmènes? s'enquit Liz, tout en se laissant guider.

Sans un mot, il la fit entrer dans le bureau de son patron.

- Tu ne voulais pas un coin tranquille?

- Ta capacité à lire en moi, m'impressionnera toujours.

- Liz.. commença t-il un peu embarrassé, ne va pas croire que ta venue ne me fait pas plaisir, bien au contraire c'est sans doute la plus belle surprise que je n'ai eu depuis longtemps..

- Mais..? comprit-elle en se retenant de soupirer.

- Comme tu l'as dit, je peux lire en toi.

Du pouce il souleva doucement son menton, plongeant son regard dans le sien.

- Ses beaux yeux expriment à la fois le bonheur de revoir un vieil ami mais aussi le besoin irrépressible de lui demander un service.

-J'avoue, dit-elle sans baisser les yeux. J'ai un.. service..

- Petit ou gros?

Au lieu de mot, elle préféra le geste et écarta en grand les bras pour lui montrer l'importance de sa demande.

- Tu dois certainement te souvenir de Pete?

Il émit un léger rire sans joie, puis croisa les bras sur sa poitrine.

- Il est malheureusement difficile de l'oublier. Ne me dis pas que lui et toi vous êtes encore ensemble?

Il avait craché ces mots avec un tel dédain que la jeune fille eut un mouvement de recul. L'écho de ces mots lui revint en mémoire tel un boomerang, le faisant frissonner.

- Excuses-moi, tu sais que je ne peux pas me le voir.

- Tu n'as plus à t'en faire, lui assura t-elle en souriant tristement. Même si je voulais reconstruire un semblant de relation avec lui, ce serait trop tard.

- Pourquoi? Il ne te juge pas assez bien pour lui?

- Il est mort, Jay! lui annonça t-elle sans détour, d'un murmure.

L'espace d'un instant, il crut presque à une mauvaise blague puis croisa le regard empli de larmes de son amie. Le doute n'était plus permis.

Sous le choc des mots, de ce qu'ils impliquaient réellement, Jayden sentit ses jambes se dérober et devenir du coton. Il dû s'appuyer contre le bureau pour ne pas perdre l'équilibre. Liz, qui savait mieux que personne ce qu'il pouvait éprouver en cet instant, posa une main rassurante sur son épaule pour lui montrer qu'il n'était pas seul dans cette épreuve.

 

 

D'un pas mal assuré, Kaylee s'avança vers deux pierres tombales, recouvertes en majorité par des gerbes de roses blanches et rouges, qui semblaient presque ne faire qu'une tant elles avaient été collées l'une à l'autre.

De douleur elle ferma les yeux lorsque ceux-ci déchiffrèrent les mots gravés dans la pierre. Sur la première était inscrit:

Candyce Suzanna Stewarts

Fille bien aimée et amie fidèle

18 Mai 1992 - 2 Septembre 2009

A sa droite reposait, Stanley Adam Stewarts

Fils bien aimé, ami et frère dévoué

18 Mai 1992 - 2 Septembre 2009

Revenir ici, après cette année passée à essayer de chasser le passé, de le vider de son esprit fut une véritable torture pour Kaylee. Elle était prête à laisser couler les larmes qui perlaient au coin de ses yeux, quand ses sens se mirent brusquement en éveil.

Elle n'était plus seule.

Ce n'était pas la première fois depuis qu'elle avait quitté le confort de sa voiture qu'elle avait senti cette présence derrière elle, mais à chaque fois qu'elle s'était tournée, elle n'avait vu âme qui vive.

Les feuilles commençaient peu à peu à tomber des arbres, plusieurs jonchaient le sol. S'il y avait eu réellement quelqu'un, Kaylee aurait perçu le bruissement des feuilles lorsque cette même personne aurait voulu fuir, de même que les oiseaux se baladant tranquillement sur l'herbe se seraient envolé précipitamment sur son passage.

Cela n'empêcha pas Kaylee d'affirmer qu'elle était épiée depuis un moment. Cette présence n'avait peut-être rien d'humaine, peut-être ne possédait-elle pas de forme physique, mais elle n'en était cependant pas moins une menace.

Kaylee ressentait ce malaise à travers tous les membres de son corps. Cette intuition qui vous prend brutalement aux tripes pour vous avertir d'un danger imminent.

 

"Pete est mort!" ne cessait de se répéter Jayden.

Le temps semblait s'être suspendu depuis que Liz lui avait appris cette nouvelle. Terrible nouvelle? Jayden n'avait pas vraiment idée de la façon dont il devait réagir.

- Tu as le droit d'éprouver de la peine, lui murmura Liz comme s'il venait de lire dans ses pensées. Malgré tout ce qui a pu se passer entre vous, il a été ton meilleur ami.

- Il est mort, répéta t-il d'une voix blanche.

Il se tenait toujours dos au bureau, les mains solidement refermées contre le rebord. Il n'avait même pas réagi lorsque la main de son amie était venue se poser sur la sienne. Il ne l'avait pas senti.

- Je suis désolée, se sentit-elle obligée de dire. Je n'ai pas d'autres mots. Je pense que je n'aurai pas dû te l'annoncer aussi brutalement.

- Non, c'est.. pas croyable. dit-il d'une voix étrangement calme.

"Le calme avant la tempête!" pensa aussitôt Liz, le connaissant par coeur.

- Tu ne me demande pas comment s'est arrivé?

- Je crois.. bafouilla t-il avant de fermer les yeux pour retrouver la paix intérieure.

Il devait se ressaisir, ce n'était pas le moment pour lui de s'effondrer alors que Liz était à ses côtés.

- Je ne veux pas le savoir, dit-il subitement, accrochant ses yeux aux siens.

Puis, sans prévenir il fondit dans ses bras pour la serrer.

- Tu vas m'étouffer!

A regret, il se détacha d'elle en s'excusant, mais garda ses mains dans les siennes.

- Et toi?

- Je crois que.. je ne réalise pas encore, avoua t-elle d'une voix étranglée par les sanglots.

- Tu sais, toi aussi tu as le droit d'être peinée ou, d'être en colère.

- A vrai dire, je.. (elle s'interrompit pour reprendre son calme et avaler la boule qui lui obstruait la gorge. Peine perdue, cette sensation d'étouffement resterait encore un long moment, elle le savait) .. je ne suis pas certaine de ressentir quoi que ce soit. C'est mal?

- Bien sûr que non. Je suppose que chacun réagi différemment à ce genre de drame.

- Le souci c'est que.. (elle marqua une pause, inspirant profondément) j'ai tellement honte d'avouer ça..

Jay la regarda sans comprendre, mais ne lui posa aucune question car il savait qu'elle ne tarderait pas à dévoiler ses pensées.

- Lorsque j'ai appris sa mort, je me suis sentie peinée, évidemment. Je n'y croyais qu'à moitié et encore maintenant, j'ai l'impression qu'on va me réveiller et me dire que ce n'était qu'un mauvais rêve.. et c'est sans doute pour cette raison que je ressens ça..

De nouveau, elle s'interrompit, rassemblant ses idées.

- Une part de moi a été presque.. soulagé, finit-elle par admettre.

Son ami n'émit aucun jugement, ne le regarda pas de travers, et ne dissimula aucun dégoût à ces mots. Il baissa seulement les yeux, en hochant lentement la tête.

- Tu dois me trouver affreuse?

- Non, dit-il en relevant le visage. Tu es simplement humaine.

Une fois encore, il la prit dans ses bras, avec bien moins de fougue que les fois précédentes, mais une plus grande tendresse.

- Je regrette d'interrompre encore cette étreinte, s'excusa t-elle penaude, seulement il faut que je te dise autre chose.

- La raison pour laquelle tu es vraiment revenue? comprit-il.

- Comme tu t'en doutes, il va y avoir un service funéraire, car même si Pete ne voulait pas d'enterrement, il voulait une grande cérémonie..

Elle laissa échapper un faible sourire.

- Tu te rappelles, il n'arrêtait pas de nous dire que lorsqu'il mourrait il ne voudrait pas rester en terre pour l'éternité mais espérais au moins que des gens viendraient le pleurer une dernière fois.

- Ouais, je m'en souviens, dit-il d'une voix rauque.

- Tout ça pour dire que cette cérémonie dont il a tant rêvé, ne pourra pas avoir lieu sans l'aide de ses proches amis.. autrement dit, toi et moi. Il n'a pas gardé beaucoup de contact avec les autres. Quand à sa famille, elle est quelque part dans la nature, ce n'est même pas la peine d'y penser.

- Donc, tu me demande d'organiser une cérémonie pour le type qui m'a fait endurer les pires années de ma vie?

- Vu sous cet angle, je comprendrai que tu dise non. Mais n'oublies pas que c'était ton meilleur ami.

Jayden soupira à en fendre l'âme.

- Et c'est bien pour ça que je vais dire oui.

- Vraiment, lui demanda t-elle, les yeux chargés de larmes retenues. Tu es sûre que ça ne te pose pas de problème?

- Oh si, ça me dérange, reconnut Jay, c'est l'une de ses épreuves dans la vie, dont on se passerait volontiers. Je me dis que c'est lui rendre hommage, d'un autre coté je ne peux m'empêcher de penser. Le mérite t-il vraiment?

- Je suis bien placée pour comprendre ce que tu ressens.

- Mais tu n'as pas à te charger de tout, toute seule. Je ne te laisserai pas tomber.

- J'y compte bien, sourit-elle tristement en faisant cette fois-ci le premier pas pour l'étreindre.

 

 

- Qui que vous soyez je vous conseille de vous révéler! lança Kaylee sans se retourner, d'une voix mesurée.

La présence se fit ressentir plus vivement, toujours plus oppressante, pourtant aucun mouvement, aucun son ne vint troubler le silence enveloppant le cimetière.

Au cours de sa courte existence, la jeune fille avait déjà eu affaire à ce genre de phénomène. Il pouvait soit s'agir d'un esprit ne désirant qu'une chose c'est l'aide d'une personne physique pour lui faire quitter cette terre en paix, soit, ce qui était hautement plus probable étant donné le lieu où Kaylee se trouvait, l'esprit d'une des personnes décédées et reposant dans ce même cimetière.

- Candyce? appela t-elle. Stanley? Est-ce que c'est vous?

"Bien sûr que cela m'avait parut tout à fait ridicule! Une grande part de moi savait pertinemment que je me berçais d'illusions. Mais en cet instant, j'avais besoin de croire à l'impossible et d'espérer, même si je devais en ressortir plus démoralisée que jamais, que je puisse les aider à quitter ce monde en toute quiétude.

Seulement, je me rendis bien vite à l'évidence, la force de l'esprit que j'avais ressenti émanait de tout le cimetière, semblant avoir pris possession des lieux. Pour qu'un esprit se fasse ressentir aussi vivement, il fallait que le corps qu'il ait habité soit mort depuis de nombreuses années. Qu'à force de souffrance, l'âme de ce dernier qui n'avait pu trouver le repos éternel, se pervertisse jusqu'à devenir un esprit vengeur. La mort de mes amis remontent seulement à l'an dernier, jour pour jour."

Kaylee posa un genoux à terre et caressa du bout des doigts la pierre tombale encore humide de la pluie torrentielle qui s'était abattue sur la ville, quelques heures plus tôt.

- "Jamais personne ne devra être mis au courant", prononça Kaylee, pouvant encore entendre les mots sortir de la bouche de sa meilleure amie. Je t'ai fait une promesse Candyce, je la tiendrais! lui promit-elle dans un murmure. Personne ne saura jamais!

Kaylee tourna légèrement le regard sur la tombe à sa droite.

- Quand à toi, Stanley, je te fais confiance pour veiller sur ta soeur comme tu l'as toujours fait. Je suis sûr que tu prends soin d'elle, de là haut.

La jeune fille laissa passer un petit moment, avant de se relever brusquement.

- Mais pourquoi je suis venue, se répéta t-elle en opérant une lente marche arrière.

Elle ne pouvait pas rester ici, tout dans ce cimetière lui rappelait ses pêchés, combien elle avait failli à sa mission et que tout ce qui avait pu se passer depuis l'an dernier était de sa faute.

Elle délaissa ce lieu froid et sans vie, sans même prendre garde à la forme qui se mouvait entre les nombreuses pierres tombales couvertes de fleurs.

 

 

Kaylee sonna pour la deuxième fois à la porte d'une belle petite maison, voisine de celle de son père, le coeur battant.

Cela faisait si longtemps qu'elle n'y avait pas remis les pieds, qu'elle se sentait incroyablement nerveuse. Mais plus encore à l'idée de retrouver les personnes qui l'habitaient.

- Kaylee?! s'étonna une jeune femme d'une trentaine d'année, venue lui ouvrir. Oh Kaylee! C'est bien toi.

- Bonjour Gretchen! fit-elle en lui adressant un petit sourire.

- Je ne m'attendais pas à ta visite.

- Excuse-moi, fit-elle en se détournant à demi, je n'aurai pas dû passer à l'improviste, tu dois sûrement..

- Mais non, Ne sois pas stupide!

Elle lui prit les mains et les serra d'un geste maternel.

- Ca me fait tellement plaisir que tu passes! Tu seras toujours la bienvenue dans cette maison. Je t'interdis de penser le contraire!

Kaylee esquissa un sourire, touchée.

- Ne reste pas sur le seuil de la porte! Tu veux boire quelque chose?

Elle avança, s'attendant à ce que Kaylee la suive mais cette dernière n'en fit rien. Restant prostrée.

- Kaylee?

- En réalité, je suis venue pour la voir. avoua Kaylee.

Gretchen hocha doucement la tête.

- Mais je le sais!

Elle lui sourit tendrement, plaçant une main sur son bras pour l'inciter à entrer.

- Je vais te faire un thé glacé et.. je la fais descendre.

- Merci, murmura la jeune fille.

A peine eut-elle prononcé ce mot qu'il lui parut bien dérisoire au vue de la situation.

"Merci pour tout", songea alors la jeune fille.

- Fais comme chez toi, ma puce!

 

"Je me mis à examiner l'entrée et le salon de la petite maisonnée d'un oeil neuf. Mes souvenirs me conduisirent à une époque qui me sembla bien lointaine. A la mort de ma mère, mon père qui ne pouvait subvenir seul à mes besoins, s'était vu forcé de demander l'aide d'une tierce personne. Une vielle amie d'enfance, disait-il.. Je n'ai appris que plus tard le lien qui unissait les Kript à notre famille. Cette maison qui respirait à présent les fleurs de Lilas, sentait auparavant le délicat parfum du jasmin. Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, ce ne fut pas en compagnie de Gretchen que je me trouvais à cette époque, mais avec la mère de cette dernière. Elle veillait sur moi comme une seconde maman, et je me souviens encore du sentiment de culpabilité qui me rongeait. Quelque part, en ressentant de l'amour pour Greta, j'avais l'impression de trahir ma véritable mère, celle qui m'avait tant aimé. Quand à Gretchen, elle était encore étudiante en fac de médecine et n'avait que peu de temps à consacrer à sa famille, jonglant entre ses heures de gardes à l'hôpital, bûchant sur ses examens et conciliant à la fois une relation à distance avec son petit ami du lycée, parti étudier à Londres. Elle passait voir sa mère lors de certains week-end et vacances scolaires. Elle et moi avions tout de suite bien accroché, car j'avais l'impression que malgré mes petits douze ans, elle me considérait comme une grande personne.. Me confiant souvent ses problèmes de coeur, ses coup dur aussi bien professionnels que profondément personnels. Avec elle à mes côtés, j'avais le sentiment agréable et réconfortant d'avoir trouvé une grande soeur. Je regrettait tant à ce moment là de ne pouvoir moi aussi lui confier mes problèmes, mais je pensais qu'elle ne comprendrait pas ce que je vivais. Le don qui m'avait été donné et l'entité qui habitait mon corps. Si seulement j'avais su.. Si seulement papa m'avait expliqué dès le départ qui était vraiment Greta et Gretchen.

Hélas, mon père me l'a appris bien après la mort de Greta..

C'était en fin d'après-midi, comme d'habitude en sortant du collège je devais retrouver Greta, ou plutôt Nany Greta comme j'aimais l'appeler, devant les grilles de l'établissement. J'avais attendu une bonne heure avant qu'un professeur ne sorte de l'établissement attenant au lycée et ne me demande si je ne voulais pas rentrer à l'intérieur et appeler Greta directement du secrétariat. Je me souviens avoir d'abord refusé, lui assurant que ce n'était plus qu'une question de minutes, voir de secondes avant qu'elle n'arrive. Travaillant dans un bureau à l'extérieur de la ville, il était très probable qu'elle se soit retrouvé coincé dans les embouteillages.

Greta n'est jamais venu me chercher, c'est mon père qui a dû faire le déplacement alors qu'il était en voyage d'affaire. Je ne pourrai dire exactement le nombre d'heures que je suis restée dans l'établissement ce jour là, mais je me rappelle de la gentillesse et du regard compatissant des professeurs. Certains avaient patienté jusqu'à très tard pour attendre mon père avec moi. A l'époque, j'avais trouvé ce geste très surprenant venant de la part de prof, même des surveillants qui jusque là ne m'inspiraient pas confiance, s'étaient montré extrêmement compréhensif. Je sais à présent qu'ils savaient depuis un moment que ma Nany Greta ne reviendrait jamais. A seulement 55 ans, elle avait été victime d'un malaise cardiaque et malgré tous les efforts des médecins pour la ranimer, elle s'en était allée.

Je parcouru la pièce des yeux, passant des meubles, aux nouveaux cadres photos. Gretchen avait hérité de la maison familiale. Bien qu'elle n'en ai pas voulu au départ, elle s'était fait une raison. Jamais elle ne pourrait la revendre et accepter que d'autres, étrangers à sa famille, puissent fouler le sol de leur pas. Elle avait donc accepter l'héritage mais, dans le but de tirer un trait sur le passé, avait décidé de la rénover de la cave au grenier.

Mon regard se figea sur une photo placée dans un cadre argenté. Gretchen riait aux éclats sur cette photo, tenant dans ses bras une petite fille d'à peine un an qui s'amusait à tirer ses boucles d'or. Une image attendrissante, mais somme toute banale si on ne creusait pas la surface."

- Kaylee?

La jeune fille se détourna de la photo, sans remarquer la larme qui coulait le long de sa joue, s'arrachant à ses pensées.

- Ca va aller? s'inquiéta soudain Gretchen en voyant la peine de son amie.

Gretchen tenait la main d'une petite fille de deux ans à peine, aux jolies boucles blondes, vêtue d'une petite robe bleue à fleurs et d'un gilet blanc.

Kaylee essuya précipitamment ses yeux, avant d'être porté de nouveau par l'émotion en apercevant la petite. Emue aux larmes de la voir, Kaylee se mordit les lèvres pour s'empêcher de pleurer. Elle avait tant grandi depuis la dernière fois qu'elle lui avait rendu visite.

- Ca ne peut pas être..

- C'est bien la petite Gracie, lui confirma Gretchen. Tu te sens prête?

Kaylee opina doucement d'un mouvement de tête, d'un air se voulant assuré.

- Oui.. ça va aller.

Gretchen lui adressa un tendre sourire emplie de compassion, puis s'agenouilla pour être à la hauteur de l'enfant.

- Dis-moi ma puce, tu veux allez voir tante Kay?

La petite fille détourna en premier les yeux, restant accrochée aux jambes de Gretchen avant de lever les yeux sur Kaylee. Comme soudain fascinée, l'enfant lâcha la main de Gretchen et fit quelques pas craintif en direction de la jeune fille.

Kaylee se baissa et tendit les bras devant elle pour l'inviter à la rejoindre.

Ce geste fut, de toute évidence, l'assurance pour Gracie que la jeune fille ne lui voulait aucun mal car ses pas se firent plus précis, plus assurés.

- Mais tu marches, ma grande, s'extasia Kaylee en la prenant enfin dans ses bras. Laisse-moi te regarder!

Kaylee observa ses grands yeux bleus avec une pointe de douleur.

- Tu es si jolie, bébé.

- Tu as remarqué ses yeux toi aussi, hein?

- Dès sa venue au monde, c'est la première chose que j'ai remarqué, dit Kaylee sans détacher son regard de l'enfant.

La petite la fixait aussi, sans un mot. Elle semblait pouvoir comprendre l'émotion actuelle de Kaylee.

- Tu.. commença la jeune fille d'une voix troublée, en levant finalement les yeux vers Gretchen. Tu la laisse t'appeler, maman?

- Oui.. je.. j'espère que ça ne te dérange pas trop? s'excusa la jeune femme, gênée.

- Non, voyons, il n'y a pas de mal, tu le sais bien. C'est ce qu'elle aurait voulu.

- Mais je lui montre des photos tu sais. Elle sait que je ne suis pas sa vraie maman. Je ne veux pas lui mentir.

- Merci, chuchota Kaylee en reportant son attention sur la petite.

Elle fut subitement interrompue dans sa contemplation par la sonnerie de son téléphone portable. N'avait-elle pas prit la sage décision de l'éteindre, quelques heures plus tôt? Si, mais il avait fallu que madame "La conscience" ne fasse des siennes, lui conseillant vivement de le rallumer en cas d'urgence.

- Désolée, fit-elle tout aussi bien à l'enfant qu'à Gretchen, tandis que cette dernière s'approchait pour prendre la petite dans ses bras.

- J'espère que c'est une urgence de la plus haute importance, du genre qui ne peut être réglé sans l'aide de ta précieuse fille aux pouvoirs si extraordinaires..

- Kaylee, la gronda alors son père. Tu as de la chance que ce soit bien moi à l'autre bout du fil, ça t'arrive souvent de confier ta vie à n'importe qui?

- Qui d'autre que toi a ce numéro? lui fit-elle rappeler.

- Personne, mais j'aurais très bien pu me faire voler mon portable, ou on aurait pu me l'emprunter.. que sais-je!

- Bon, et tu m'appelle pour..? s'impatienta t-elle. Si c'est encore pour me demander comment je vais, et me harceler de questions sur ce qui a pu se passer dans le..

- Ca n'a rien à voir, j'ai compris que tu n'étais pas prêtes à te confier, je n'insisterai pas!

Kaylee ne put se retenir de rire.

- Bien sûr, je vais te croire!

- Il est évident, que tu ne me laisseras pas longtemps sans réponse!

- C'eut été étonnant! se moqua t-elle en prenant une voix que Jeremiah jugea crispante.

- Je pourrai au moins savoir où tu te trouve?

- Non, désolée! fit-elle sans détour. Ce sont mes affaires!

- Oui mais si tes affaires, dit-il en soulignant bien ce dernier mot, mettent ta vie en danger alors..

- Ouah! s'exclama t-elle, à peine 10 secondes et tu recommences déjà à te mêler de ce qui te ne regarde pas! Là tu as fait très fort! Je te félicite!

- Chérie, soupira son père en se radoucissant, promets-moi seulement que tu ne feras rien d'irréfléchi sans m'en avertir?

- L'endroit où je suis n'est pas dangereux, le rassura t-elle, du moins en théorie. Je ne peux évidemment pas parler à la place des victimes.

- Je ne comprends pas?

- Laisse! Alors, et cette urgence?

- Elle se résume en un mot, lança t-il. Ogre!

- Ogre, répéta t-elle incrédule. A Columbia? Parce que tu es toujours à Columbia, n'est-ce pas?

- Exact, et aussi insensé que ça puisse te sembler, il y a bien une menace d'ogre. Je n'en mettrai pas ma main à couper mais tout porte à croire que l'une de ces créatures est derrière l'horrible meurtre qu'il y a eu cette nuit. Charlie Redford, un homme de 35 ans a été retrouvé sans vie dans le parc du centre-ville, avec une plaie béante à l'abdomen, non pas poignardé mais le coeur arraché à main nue.

- Oui.. murmura t-elle, d'aussi loin que je me souvienne tu as toujours eu un gout prononcé pour les comptes d'horreur lorsque j'étais enfant.

- Kaylee, veux-tu rester sérieuse? C'est important.

- Mouais, et à part ce détail capital, tu as découvert une autre pièce à conviction qui pourrait mettre l'ogre sur le banc des accusés?

- Malheureusement oui. C'est d'après le médecin légiste qu'on a découvert l'identité de cet homme, autrement il aurait été méconnaissable.

- Lui aussi a donc subit une vieillesse accélérée?

- Tout à fait, on lui aurait donné plus de 90 ans.

- Ca se tient debout!

- Tu penses vraiment que j'aurai pris la peine de t'appeler, et.. de te déranger, précisa Jeremiah, si je n'étais pas sûr de moi?

- Comme prétexte pour m'appeler, tu es prêt à tout! railla t-elle. Mais tu m'as convaincu, j'irai inspecté ces bois dès demain.

- Dès demain? Non, il faut que tu y ailles ce soir, un autre crime pourrait avoir lieu!

- Je ne pourrai pas rentrer ce soir, déclara t-elle d'une voix qui n'admettrait aucune répartie. Tu devras te débrouiller sans moi en attendant!

Sans lui laisser le temps de rétorquer une remarque cinglante, elle coupa net la communication.

- M'énerve! marmonna Kaylee en pesta seule.

- Un problème? s'enquit Gretchen en venant vers la jeune fille, Gracie toujours serrée contre elle.

- Et pas des moindres, soupira Kaylee. Un ogre sévit peut-être à Columbia.

- Un ogre? Dans une ville telle que Columbia?

- Je sais j'ai eu la même réaction.

- Pourquoi choisir une si grande ville.

- Pour avoir plus de coeurs frais, sans doute, supposa Kaylee en haussant les épaules.

- Et dire qu'on croyait l'espèce quasiment éteinte!

Kaylee afficha une moue de dégoût en soupirant de plus belle à la tâche des plus désagréables qui l'attendait.

 

Jayden referma doucement la porte de son studio. Liz venait de s'endormir d'épuisement après avoir fondu en larmes. Venait-elle seulement de réaliser la mort de Pete?!

Il sortit son téléphone portable et composa le dernier numéro sur sa liste, celui de Jeremiah Perkins.

Après le coup de nerf de Kaylee, il avait reçu un nouvel appel de Jeremiah. Il n'avait eu d'autres choix que de lui raconter ce qui venait de se passer. Son père se faisait beaucoup de souci, et il ne voulait pas se retrouver mêler à une sombre histoire en commençant à mentir. Surtout si ses mensonges pouvaient mettre en danger, de quelque façon que ce soit, la vie de Kaylee.

Il avait trouvé étrange que Jeremiah n'ai pas plus de réaction que cela, au comportement excessif de sa fille. Peut-être Kaylee avait l'habitude de faire de genre de crise, avait pensé Jay.

Jeremiah lui avait alors donné son numéro, lui demandant de le rappeler dès qu'il aurait du nouveau.

Jayden n'avait aucune nouvelles fraiches, mais il ne pouvait rester plus longtemps les bras ballants, à se demander s'il n'aurait pas mieux fait de rattraper Kaylee lorsqu'il en était encore temps. Dieu seul savait où elle pouvait se trouver à cet instant!

Malgré l'heure tardive, il attendit à l'autre bout du fil que l'homme ne daigne répondre.

- Jeremiah Perkins! fit la voix bien réveillée de ce dernier.

- Bonsoir, c'est Jay.. Jayden, vous vous souvenez?

- Bien sûr! Qu'y a t-il mon garçon?

- Je n'en sais pas plus, mais je me demandais si vous aviez du nouveau?

- Et bien oui, répondit-il d'une voix clairement ennuyée. Elle va bien. Elle va rentrer. Vous voilà rassuré!

- Oui, mais..

- Ne m'appelez plus jamais à ce numéro! lui ordonna t-il soudain, avant de raccrocher abruptement.

Jayden en resta sans voix. Il lui fallut bien cinq minutes avant de se résigner à laisser tomber cette histoire et à rentrer chez lui.

 

La ville de Columbia était plongée dans les ténèbres, seuls les réverbères à chaque coin de rue baignaient la population de lumière. Il n'y avait pas un chat sur l'allée que Kaylee empruntait à ce moment là, ni même un bruit alentour si ce n'est le bruissement de feuilles des arbres. Elle longeait un quartier uniquement composée de maisons, elle aurait dû entendre de la vie. Même pas âme qui vive! Comme si les habitants, dépassés une certaine heure souhaitaient se faire discret.

Bien loin de la rassurer, ce silence inquiétait la jeune fille. Finalement, son père n'était peut-être pas encore sénile. Lorsqu'il répétait qu'une ville tranquille recelait le plus mystère, elle devait l'écouter. Ses pas la conduisirent jusqu'à un croisement de rue, mais elle hésita à emprunter ce chemin. Elle ignorait pourquoi, mais son instinct lui dictait de ne pas s'aventurer dans le quartier voisin. Son instinct ne l'avait jamais trompé, seulement.. elle n'avait jamais pu l'écouter!

Inspirant profondément pour se donner du courage, elle prit le chemin incertain. Tous ses sens étaient au aguets, prêt à bondir sur tout ce qui pourrait oser avancer dans sa direction, tandis qu'elle observait le bois devant elle. Un parc. Du moins elle devina qu'il s'agissait d'un parc car elle n'y voyait pas très clair.

Ayant paré à l'éventualité de se retrouver à nouveau dans un lieu sombre comme les sous-sol de la bibliothèque qu'elle avait eu à affronter il y avait de cela quelques jours, Kaylee sortit de son sac à dos une lampe torche et l'alluma. Elle replaça les bretelles du sac sur ses épaules, le regard porté devant elle d'un air inquiet. Ce parc semblait ouvert à tout public, sans même une barrière pour en délimiter l'entrée et la sortie.

- Etrange! murmura t-elle en entrant dans les bois.

Aidée de sa lampe, elle inspecta les alentours. Des arbres et des buissons à perte de vue. Elle se demanda bien où est-ce que cela menait!

- Ce parc est gigantesque! se dit-elle.

Elle pensa aussi qu'il s'agissait d'un effet optique dû à la nuit qui l'engloutissait. Une fois baignée de soleil, ce parc ne devait pas être aussi impressionnant et.. terrifiant.

- T'en a vu d'autres! se força t-elle à penser.

Mais elle avait un mauvais pressentiment et ne pouvait feindre d'entendre la petite voix qui lui quémandait de faire demi-tour.

- Non, on ne se dégonfle pas! se répondit-elle.

"J'aurai pu attendre le lendemain, mais non, mademoiselle a eu des remords de laisser cette ville en proie à d'horribles monstres" songea t-elle, se morigénant intérieurement.

Elle partit sur sa droite, sans réellement savoir pourquoi. A choisir une destination, elle préférait autant commencer par celle la plus proche du quartier voisin, entouré d'habitations. Les nuages se dégagèrent alors, laissant entrevoir à la jeune fille un étroit petit passage. Elle dirigea le faisceau de sa lampe sur le chemin et vit qu'il s'agissait en réalité d'un chemin conduisant à un pont. L'obscurité régnant, elle n'avait pas vu le petit fleuve à quelques mètres de là.

Elle étudia d'un mouvement circulaire les possibilités qui s'offraient à elle pour rejoindre l'autre côté du pont, mais n'en trouva aucune.

Défiant toute prudence elle emprunta le chemin, le faisceau lumineux dirigé sur ses pieds, avant de s'arrêter sur le seuil du pont. Elle avança un pied pour tester la solidité du bois puis, haussant les épaules avec fatalisme, s'engagea sur cette route sinueuse.

Arrivée au milieu du pont, la jeune fille se figea et frissonna de tout son être en sentant une brise fraiche soulever ses cheveux, puis se transformer en rafale. Ce ne fut que de courte durée, mais assez pour que Kaylee se questionne sur ce phénomène. Il faisait très doux jusqu'à lors, suffisamment chaud en tous cas pour que ce vent glacial l'inquiète.

- Serait-ce un passage pour le pole Nord? lança t-elle, parfaitement consciente qu'aucune voix ne lui répondrait, si ce n'est celle dans son esprit qui lui suppliait toujours de retourner sagement se mettre au lit.

Elle entendit sa phrase se répandre en écho à travers le bois. Ses poils se hérissèrent, en proie à la peur.

Loin de faire demi tour, Kaylee poursuivit sa route.

- N'oublie pas Kaylee, murmura t-elle pour elle-même, il est de ton devoir de t'assurer que rien ni personne ne viendra troubler le paisible sommeil de la population de la ville.

Le bois craqua soudain avant de céder sous son pied. La pointe de son pied resta accroché dans le trou qui venait de se former.

- Ah non! Tu vas me rendre ma chaussure! s'énerva t-elle en se débattant comme un beau diable pour retirer son pied.

Elle y mit moins de virulence lorsqu'elle entendit à nouveau le bois craquer. Manquerait plus qu'elle se retrouve jeter à l'eau.

- Si tu crois un instant que je vais te laisser ma paire de basket qui m'a coûté plus de 120 dollars alors là tu peux aller rôtir en enfer, sale bois de malheur!

Comme si le pont lui répondait, elle entendit un léger gémissement provenir des buissons.

Décidant de se protéger avant tout, elle défit les lacets de sa chaussure et retira son pied.

Cela aurait été assez comique, elle qui avait toujours échappé à ses ennemis, de se retrouver à leur merci à cause d'une chaussure.

"D'une grande valeur!" ragea t-elle en son for intérieur.

Elle se résigna à laisser sa basket. Les gémissements s'étaient tuent mais elle devait allé voir ce qu'il en était et puis le pont commençait à se fendre, elle n'allait pas risquer de ne pas pouvoir le retraverser.

Elle fit de son mieux pour arriver saine et sauve de l'autre côté du pont, puis se débarrassa de son autre chaussure afin d'être plus à l'aise. Elle la laissa devant le pont puis marcha jusqu'aux buissons.

Ses pas étaient lents et calculés. Si ce qu'elle croyait se trouvait effectivement derrière l'arbuste à son gauche, elle ne devait pas attirer son attention. Les ténèbres enveloppaient les arbres tandis que la lune, recouverte à nouveau par un gros nuage, semblait dissimuler aux yeux de Kaylee l'intérieur des buissons.

Des feuilles mortes craquèrent sous ses pieds. Kaylee n'eut pas le temps de se demander comment un tel amas de feuilles mortes pouvaient se trouver au pied d'un arbre seulement au début du mois septembre, qu'une bête bondit hors des buissons, à deux pas d'elle.

C'était la même créature. Elle n'avait pu bien la voir, mais elle en était presque convaincue au son rauque du grognement qu'elle avait poussé. Kaylee se mit à sa poursuite, courant aussi vite que ses forces et son endurance le lui permettaient. Elle finit par perdre de vue la bête, celle-ci se déplaçait à une vitesse incroyable malgré son surpoids.

- Je suis bonne pour un sermon! se désespéra la jeune fille.

 

- Et tu l'as laissé s'échapper? lui cria son père.

Lui et Kaylee s'étaient retrouvés dès l'aube, dans un café-restaurant du centre-ville.

- Ce n'est pas comme si j'avais eu le choix! Il faisait nuit noire, je marchais pieds nus sous l'herbe gelée.

- Gelée? Nous sommes encore en été. lui rappela t-il.

- Merci, je le sais mais il semblerait que le parc défie toutes les lois de la nature.

- Ce qui veut dire?

- Je n'en sais pas beaucoup plus que toi. Mais comment tu explique qu'une fois le pont passé il fasse frais, et que les feuilles des arbres tombent déjà?

- Peut-être un maléfice? supposa t-il.

- Un sortilège, comprit la jeune fille. Tu ne pense pas à..?

- Oh que oui! Et j'espère avoir tord, mais si une personne du culte est ici à Columbia et qu'au même moment on découvre l'existence d'un nouvel ogre, ce n'est pas une simple coïncidence. Le culte a besoin de toi pour leur rituel, les ogres ont besoin de cœur frais. Je te laisse en tirer tes propres conclusions!

Kaylee secoua la tête, d'un air interrogateur.

- J'en doute. S'il y a bien des ogres à Columbia, ce n'est pas dû à ma présence. Ils sont là depuis un bon moment puisque le patron du pub dont je t'ai parlé s'est fait agressé..

- Ca fait plus deux ans, et depuis plus un seul crime ne correspond à la manière de tuer de ces bêtes.

- Alors tu crois que les ogres ont été appelé par le culte, à cause de moi? Tu serais prêt à croire que les forces du culte et des ogres, s'il y en a plusieurs en ville, s'allient? demanda t-elle, l'incrédulité se lisant clairement sur son visage.

- A moi aussi ça me parait insensé puisque les ogres ne sont rien d'autres que des créatures assoiffées d'organes humains, ils n'agissent que par pur instinct.

- Comme les animaux, et les animaux ne pactisent pas avec le diable!

Elle marqua un temps d'arrêt.

- Du moins, pas à ma connaissance..

- Le culte a assez de force pour donner une conscience à ce genre de créature.

Kaylee afficha une mine dégoutée, avant de lever les yeux au ciel.

- Ouais, ça me dépasse! Ce que je vois, c'est que j'ai perdu mes pompes dans l'histoire, que j'ai failli dégringoler de ce pont et prendre un bain de minuit..

- J'en suis désolé pour toi mais revenons..

- Il faudrait peut-être que l'élite pense sérieusement à investir dans les assurances! le coupa t-elle. Si je comptais tout ce que j'ai perdu ou abîmé au cours de mes rondes je serai richissime à l'heure actuelle! Et je ne te parle même pas des frais médicaux que ce genre de "boulot" accompagnent.

- Oui, mais Kaylee, on pourrait en revenir en revenir à notre problème! la réprimanda gentiment, Jeremiah.

- Excuse-moi, dit-elle. Mais tu me promets de leur soumettre l'idée?

- Oui, nous verrons ça! dit-elle sans aucune conviction.

- Revenons à nos moutons, tu as raison, ou on devrait plutôt dire à nos méchants petits loups.

- Nous ignorons combien d'ogres se sont installés en ville, mais il y en a donc un en liberté?

Kaylee approuva d'un hochement de tête, ennuyée.

- J'ai vraiment fait tout ce que je pouvais, mais tu connais ces créatures, elles sont maligne et très rapide.

- C'est en cela que réside la difficulté à les tuer.

- Mais ce n'est pas le premier ogre que je rencontre, j'aurai pu lui mettre la main dessus et lui faire sa fête mais au lieu de ça je l'ai laissé fuir. Je suis désolée, papa.

- Tu le peux, affirma t-il sans faire preuve de compassion. Tu as été rudement entraîné pour vaincre ces créatures. Qu'il fasse nuit, je le conçois et que cet ogre soit plus agile aurait dû te compliquer la tâche mais cela n'aurait pas dû conduire à la perte de cette bête. Tu réalise qu'elle est en liberté dans les rues de Columbia?

- De toute façon ce genre de créature ne sort que la nuit. Je vais retourner à ce parc avant le coucher du soleil, et tenter de le surprendre.

- Si lui et ses petits copains loups n'ont pas déménagé entre temps.

- Tu donnes dans l'humour maintenant? s'étonna la jeune fille. Je préférais ton côté cynique, celui-ci me fait limite froid dans le dos.

- Kaylee! l'interpella t-il vivement.

- Bah quoi?

- Il est de la plus haute importance que cet ogre soit mit hors d'état de nuire! Tu me suis? Tu vas retourner là-bas, trouver son repère et tu te chargeras du reste!

- Encore une soirée gâchée ou je ne pourrai pas aller au cinéma? comprit-elle en affichant une moue boudeuse.

- A moins que l'ogre ne soit que l'ombre de lui même, qu'une partie destinée à te tromper, réfléchit tout haut son père. Si le culte a mis au point un stratagème pour..

Kaylee grimaça en le coupant précipitamment.

- Mes neurones ont sans doute besoin d'un bon décrassage et mon disque dur interne d'un bon formatage, parce que je ne pige rien à ce que tu dis!

- On en reparlera au plus tard, ce soir, lança t-il en soupirant à son tour.

Kaylee étouffa un bâillement, les yeux brillants de fatigue.

- Allez, va te reposer, il faut que tu sois d'attaque pour ce soir!

- A vos ordres, se moqua t-elle en imitant le signe de respect, propre à tous bons soldats.

Elle se levait de la banquette, les jambes ankylosées, lorsque son père lui lança:

- Tu ne dois pas garder pour toi ce qui s'est passé là-bas!

- Là-bas, où? fit-elle semblant de ne rien comprendre.

- Tu le sais bien!

- Il ne s'est rien passé, lâcha t-elle en posant son sac à dos sur une épaule, en évitant soigneusement le regard de son père. Salut!

 

"Peu après avoir quitté mon père, je pris conscience de la situation. J'avais laissé ma colocataire, Lyanna sans nouvelle depuis plusieurs jours. Et d'après ce que m'en avait dit Jayden, elle s'était terriblement inquiété pour moi. Je ne pouvais donc pas réapparaitre comme une fleur, sans même une explication! Je commençais à bien connaître Lyanna, malgré moi. Je savais qu'elle ne me laisserait sûrement pas m'en tirer à si bon compte, qu'elle me harcèlerait de questions. Et je ne pouvais l'en blâmer, j'en aurais fait autant dans le cas inverse. Lyanna pouvait être aussi timide que collante, limite super glue. Je souris à cette pensée. Je n'avais peut-être pas réussi à la sauver, dans le monde futur, mais il me restait encore huit ans devant moi avant qu'un tel drame ne se produise. Peu importe la façon dont je m'y prendrai, mais je trouverai un moyen de l'aider."

 

- Oh mon Dieu! Jay. réalisa soudain Kaylee. Mais qu'est-ce qu'il va penser de moi? Je suis en dessous de tout. J'ai vraiment pété les plombs hier!

La nuit porte conseil à ce qu'on en dit! Après une bonne nuit de parfait sommeil, elle allait sans doute trouver une excuse toute fraiche pour expliquer sa réaction démesurée. En attendant, elle devait se concentrer sur la jeune fille avec qui elle partageait sa chambre.

Luttant contre le sommeil qui se fit de plus en plus demandeur, Kaylee décrocha son téléphone. Elle allait appeler Lyanna, lui raconter qu'elle avait passer la nuit chez des amis, que ni son père ni Jay ne connaissait, ayant besoin de faire le point sur certaine chose et qu'elle n'avait pas vu le temps passer. Une excuse parfaitement bidon, mais pour l'heure, son cerveau épuisé n'avait rien trouvé d'autre.

 

 

Kaylee se sentit soudainement abattue et terriblement épuisée. Depuis combien de temps n'avait-elle pas dormi? Avec ces voyages incessants dans le futur, elle n'avait plus aucune notion du temps qui avait pu s'écouler. Elle se sentait seulement vidé, dans tous les sens du terme, aussi bien moralement que physiquement. Ses jambes ne la portaient pratiquement plus lorsqu'elle sortit de sa voiture, sur le parking du campus des chambres universitaires.

Elle dû faire un effort quasi, surhumain pour se tenir droite et paraître des plus détendues devant les quelques étudiants qu'elle croisait. Eux semblait si vivant comparé à elle à qui, en cet instant, on aurait pu facilement donner le double de son âge.

Arrivée devant la porte de sa chambre, Kaylee n'allait pas prendre la peine de frapper et entrer sans s'annoncer lorsque des éclats de voix lui parvinrent de l'intérieur.

- Oh non, Lyanna, par pitié ne me dis pas que tu as invité du monde, supplia t-elle en affichant une moue des plus exténuées.

Faisant contre mauvaise fortune, bon coeur, la jeune fille se força à frapper à la porte de la chambre.

La porte ne tarda pas à s'ouvrir sur la jeune fille, qui comme Kaylee s'y était attendu, lui sauta littéralement dans les bras.

- Kaylee, ça me fait vraiment plaisir de te revoir, tu sais!

Elle s'y accrocha comme à une bouée de sauvetage.

- Oui, moi.. moi aussi, lança Kaylee en se retirant doucement, gênée de cette marque d'affection.

- Oh, mais il faut que te présente quelqu'un, déclara alors la jeune fille en appelant cet étranger d'un signe de la main.

Un jeune homme d'une vingtaine d'année à peine, apparut alors à la gauche de Lyanna.

Le sourire forcé que Kaylee avait placardé sur son visage s'affaissa à l'instant où elle reconnut les traits du jeune homme. C'était le même type aux cheveux blond qu'elle avait servi la veille au Night Drive, avant de se retrouver de nouveau piéger dans le futur. Kaylee avait d'abord pensé à un défaut de fabrication de ses pouvoirs, puisqu'elle ne pouvait se téléporter à une époque différente sans entrer en contact avec la personne qu'elle est censé sauver. A présent, Kaylee y voyait plus clair. Mais comment avait-elle pu ne pas le reconnaître plus tôt? Il avait des cheveux blonds, huit à dix ans de moins et semblait certes plus maigre, mais le visage était identique.

- Kaylee, je te présente..

- Jared, souffla Kaylee, médusée sous le regard incrédule de ce dernier et de Lyanna.

 

A suivre..

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